
21/22/23 Novembre 2025, Verdun
Campus Miskatonic
Il n’y a que quelques jours qui se sont écoulés depuis la fin du Campus Miskatonic. Je devrais être indulgente avec moi-même, et peut-être encore plus avec le monde de grisaille qui m’entoure. Je m’étonne toujours de trouver d’aussi jolies couleurs en fin d’automne, au bout de la France, dans une ville comme Verdun qui a surtout connu le rouge, la boue et la suie. Même si les nuages pleurent de la neige – pas grand-chose cependant – le ciel est toujours joli et les pâturages toujours accueillants entre deux rayons de soleil. Même si certains bâtiments sont barricadés depuis la première fois où je suis venue, même si l’eau de la Meuse est trouble, même si… c’est gris, tout est un sourire.
Ce matin, je suis allée au travail. Même si je me suis réveillée alors qu’il faisait encore nuit, j’ai retrouvé la route du quotidien monotone aux chansons lancinantes. Les voitures, les plaintes et complaintes, le café à côté de la tasse, les notes de tracas qu’on oublie dans l’agacement.
C’est toujours un peu comme ça quand je redépose mon sac dans la chambre de ma colocation. Je me demande ce que je fais là, et si la fête ne pourrait pas continuer encore un peu. Même si j’ai mal aux jambes, au dos, à la tête, pourvu que je n’aie pas mal au cœur. C’est toujours comme ça, quand je pars et que je reviens, j’ai oublié qui j’étais ? Je suis ? La temporalité se mêle et s’entre-mêle, qu’honnêtement, je pense que ça n’a pas d’importance sur l’instant. Je sais juste que j’ai changé, accompagné de tous ces gens.
Parfois, je me déteste à ne retenir ni les noms ni les visages. Les Autres ne sont que des sensations. Des sons, des odeurs, des couleurs, des taches dans un décor, que lui, je reconnais toujours. Un brouillard de joie horrible. Un brouhaha entre quatre murs, des couloirs et des salles. Une odeur de salle des fêtes. Un goût de café oublié.
Je me souviens des endroits, des sensations, des émotions, mais plus des autres, ni de moi-même. Je me souviens des idées aussi, et des promesses faites à la va-vite.



Quand les portes du Campus ouvrent, c’est une bulle, un micro-Univers que j’explore. C’est l’Ailleurs. Un cosmos où je n’ai pas l’impression de faire tache, un cosmos où je ne suis pas chassée. Là, je peux m’étendre, rêver… me souvenir de qui je suis vraiment sans devoir me battre pour paraître Autre. Je peux me souvenir de vies anciennes, antédiluviennes. Je suis le vaisseau, la carcasse d’un Grand Ancien communiquant avec d’autres souvenirs d’autres Grands Anciens. Personne n’a peur d’être monstrueux, un Freak, car c’est l’horreur qui nous rassemble. Sous l’égide d’Howard Phillips LOVECRAFT, le temps d’un week-end, nous nous rassemblons suite à l’Appel d’un Cultiste ambitieux.
Cette année, j’ai discuté avec de nombreux noms et ma trajectoire a rencontré celle de personnes qui sont pour moi des inspirations. Des âmes fantasques qui n’ont pas tout à fait oublié d’où elles venaient.
Alors, dans ces moments-là, je me demande toujours : qu’est-ce que je fais là, qu’est-ce que je suis, qui je souhaite incarner ? Demain, comment puis-je inspirer comme ceux-là ?



Merci au président de l’association Miskatonic de porter cette initiative de convention Lovecraftienne. Merci aux noms que j’ai rencontrés, malheureusement je ne me souviens ni de vos lettres, ni de vos visages, seulement de nos discussions. Vous êtes des décors d’idées, des lieux de pensées, des inflexions dans l’air.



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