Generation Body Horror : disséquer les corps, dévorer les normes, la chair comme langage

🎁 Service Presse ActuSF

En tant que femme, même, en tant que jeune femme, je dois bien l’avouer, je ne me suis sentie que rarement à ma place dans mon propre corps. Souvent, l’Autre a choisi pour moi le regard que je devais y porter, comment je devais l’habiller, le mouvoir. On m’a dit de ne pas y toucher, de ne pas le modifier. Reste à ta place. Je ne dois pas vieillir, surtout pas, et alors l’orner d’encre, le farder de maquillage, encore moins. Ce n’est pas « naturel », ça ne fait pas bon genre d’avoir des rides, des plis, des traces, des taches. Des erreurs.

Qui n’a pas envie de plaire ? Qui n’a pas envie de briller, même d’une lumière artificielle, dans les yeux de ceux qu’on – pense – aimer ? Je me suis brûlée avec des néons, des ampoules de facétie. Grotesque. J’ai laissé d’Autres briser mon corps, mon miroir, mon image. Et c’est très certainement pour ces raisons que j’ai eu une accointance pour le genre du Body Horror, que ce soit en littérature ou dans le cinéma.

Certains diront que l’horreur a toujours quelque chose à voir avec le corps. C’est peut-être vrai. Pour ma part, à défaut d’être dépossédée de mon vaisseau de bien des manières, j’ai toujours eu un rapport intime avec l’altérité déformée, détruite, mâchée, exsudée entre les mots et les images.

Alors je n’ai pas hésité un seul instant lorsque les éditions ActuSF m’ont proposé de lire leur essai Generation Body Horror, rédigé à quatre mains par Morgane CAUSSARIEU et Fleur HOPKINS-LOFERON. Ces dernières ont proposé une méthode chirurgicale généraliste pour comprendre le genre du Body Horror, ont disséqué ses subtilités et ses messages.

Ce fut une lecture passionnante, parfumée aux viscères.

Morgane CAUSSARIEU

Morgane Caussarieu, née le 11 décembre 1987 à Vieux-Boucau-les-Bains dans les Landes, est une romancière, tatoueuse, illustratrice, essayiste, anthologiste, et traductrice française, spécialiste du vampire, des monstres, et des scènes undergrounds.

Fleur HOPKINS-LOFERON

Historienne des arts et chercheuse indépendante, Fleur Hopkins-Loféron est une grande spécialiste de la pop culture et l’autrice de plusieurs ouvrages de référence dont Voir l’invisible. Histoire visuelle du mouvement merveilleux-scientifique (1909-1930) et Dark romance : guide amoureux.

I・Dans le laboratoire des corps

Qu’est-ce qu’on peut dire du Body Horror ? Beaucoup de choses en réalité. Trop de choses, peut-être. Alors par où commencer, par quelle pièce de boucher pourrions-nous nous tourner en premier ? Les autrices ont choisi pour nous un espace chirurgical. On ne se repaît pas – vraiment – de la chair de l’Autre, mais on l’observe dans un abject laboratoire. Nous sommes des lecteurs – savants – fous, voyeurs, indécents.

Il est difficile de vous faire un vaste avis sur un essai. Ce n’est pas une distraction comme une autre, pas un roman aux multiples rebondissements. L’ouvrage est universitaire, souvent froid et parfois drôle, surtout décomplexé sur des sujets complexes et tabous, tout ça accompagné par de très nombreuses références littéraires, picturales et cinématographiques.

J’ai apprécié le ton employé tout au long de l’ouvrage, qui écrit et décrit sans faux-semblants, parfois à vous en provoquer quelques nausées, mais uniquement pour la bonne cause, en offrant de belles perspectives de réflexion sur les corps, grâce aux nombreuses références évoquées.

Le fait qu’il n’y ait pas que des citations extrêmement populaires – qui ne seraient que banalité – du Body Horror m’a également beaucoup parlé. Cela m’a permis d’ouvrir mes horizons, tout en conservant des lignes de vie déjà connues, me permettant de mieux me représenter les différentes idées présentées dans l’ouvrage.

Cependant, j’ai eu parfois l’impression de contradictions dans certains argumentaires. Mais avec un tel « manuel », et le fait d’écrire à plusieurs, je pense qu’il est normal de trouver des voix plurielles sur de mêmes sujets, quitte à créer des contraires. Paraît-il que tous les goûts sont dans la nature ?

II・Visions du Body Horror : 9 films + 1 serie

A défaut de pouvoir en dire plus sur l’ouvrage, qui est un projet grand public, mais tout de même très savant, un outil de références choisies, je vous propose une sélection de neuf films et une série Body Horror que j’ai appréciés ou au moins trouvé intéressants.


The Thing (1982)

Dans une base isolée en Antarctique, une équipe de chercheurs affronte une créature extraterrestre capable d’imiter parfaitement n’importe quel être vivant. La paranoïa s’installe alors que chacun devient suspect aux yeux des autres. Un classique du body horror où la peur de l’inconnu prend une forme viscérale et monstrueuse.


Neon Demon (2016)

Une jeune mannequin débarque à Los Angeles et attire rapidement toutes les convoitises du milieu de la mode. Sa beauté fascine autant qu’elle provoque jalousie et obsession chez ses rivales. Entre conte malsain et thriller hypnotique, le film explore la superficialité et la dévoration du désir.


Les Ruines (2008)

Lors d’un voyage au Mexique, un groupe d’amis découvre des ruines mayas envahies par une étrange végétation. Très vite, ils réalisent qu’ils sont prisonniers d’un lieu vivant et hostile. Un survival oppressant où la nature devient une menace organique terrifiante.


Jennifer’s body (2009)

Après un rituel satanique raté, une lycéenne populaire se transforme en créature démoniaque avide de chair humaine. Sa meilleure amie tente de comprendre ce qui lui arrive avant qu’il ne soit trop tard. Un mélange mordant d’horreur, d’humour noir et de satire adolescente devenu culte.


964 Pinnochio (1991)

Un cyborg conçu pour satisfaire les désirs humains est abandonné après avoir été jugé défectueux. Errant dans un univers urbain chaotique et halluciné, il sombre peu à peu dans la folie. Une œuvre cyberpunk extrême, expérimentale et dérangeante, devenue culte dans le cinéma underground japonais.


Together (2025)

Un couple en crise s’installe à la campagne pour tenter de sauver sa relation. Mais une force mystérieuse commence à fusionner leurs corps et leurs esprits de façon inquiétante. Un body horror intime qui transforme la dépendance affective en cauchemar organique.


La Mouche (1986)

Un scientifique met au point une machine de téléportation révolutionnaire et décide de l’expérimenter sur lui-même. Une erreur infime provoque alors une mutation progressive et incontrôlable de son corps. David Cronenberg signe un chef-d’œuvre tragique et grotesque sur la déchéance physique.


The Ugly Stepsister (2025)

Cette relecture sombre du conte de Cendrillon suit une demi-sœur prête à tout pour atteindre les standards de beauté imposés par la société. Entre transformations physiques et humiliations cruelles, son obsession vire au cauchemar. Un conte horrifique satirique sur le corps, la féminité et la violence des apparences.


The Substance (2024)

Une célébrité vieillissante accepte de tester une mystérieuse substance capable de créer une version plus jeune et parfaite d’elle-même. Mais cette seconde identité prend rapidement une place incontrôlable dans sa vie. Un body horror féroce et stylisé sur l’obsession de la jeunesse et du regard des autres.


Brand New Cherry Flavor (2021)

À Hollywood dans les années 1990, une jeune réalisatrice cherche à se venger d’un producteur influent qui l’a trahie. Elle plonge alors dans un univers occulte peuplé de sorcellerie, de visions et de mutations étranges. Une mini-série psychédélique et dérangeante mêlant body horror, magie noire et satire du cinéma.

Ultima Verba

Vous ne connaissez rien au Body Horror, vous souhaitez ouvrir vos horizons ou juste nourrir vos obsessions (viscérales ?) alors, Generation Body Horror sera une lecture à dégust… disséquer sans modération. De quoi faire gonfler votre cervelle et la rendre encore plus… délicieuse. Ne laissez pas les autres vous définir uniquement par votre corps. Sinon, mangez-les.

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