La Vieille Anglaise Et Le Continent : L’Eco-Terrorisme ça n’existe pas

🎁 Service Presse ActuSF


Il y a quelques semaines de cela, le youtubeur EGO a sorti une vidéo intrigante titrée « Comment comprendre le langage des aliens ». J’ai soupiré, mais je me suis tout de même laissée tenter par le visionnage. Qui n’a pas envie de comprendre cette altérité que nous cherchons au fond de la toile nocturne ? Même si ça peut nous faire peur, on est tous un peu fasciné par cette possibilité.

Je ne sais pas trop à quoi je m’attendais en regardant cette vidéo. Je ne savais pas trop ce que j’allais pouvoir découvrir ou apprendre. Et… je n’ai rien découvert ou appris, par contre cela a fait remonter quelques souvenirs du fond des abysses de ma mémoire.

EGO proposait un récit autour du langage, de comment une langue se compose, et surtout quelques étranges clics découverts par les scientifiques : ceux des cachalots.

Pour une raison que j’ignore, j’ai toujours beaucoup plus apprécié les créatures marines, et comme beaucoup d’enfants, ce sont les dauphins qui ont eu longtemps ma préférence. C’est en grandissant un peu que je me suis intéressée aux plus gros animaux comme les baleines, les requins, les orques et les cachalots. Tout ça, tout en appréciant tous les poissons et animaux tentaculaires. J’ai souvent grandi avec des aquariums à la maison, c’est certainement pour ça.


Mais revenons-en aux cachalots. Je connaissais déjà cette histoire de code entre les cachalots. Ils ont des noms, des accents, des tons… bref, ils ont une ou des langues. Si vous ne l’avez pas vue et que vous ne connaissez rien à cette fabuleuse réalité, je vous conseille vivement d’aller voir cette vidéo, tout comme je vous conseille vivement de lire le livre que je vais vous présenter.


Quelques semaines plus tôt, les Editions ActuSF m’ont envoyé la nouvelle « La Vieille Anglaise et le Continent » de Jeanne-A. DEBATS, de leur collection NAGORI. Sur la couverture, un cétacé qui présente son ventre à un ciel bleu et en avant-plan une maisonnette et quelques arbres. Je n’avais pas encore pris le temps de lire la nouvelle, la vidéo m’a motivée à prendre quelques heures pour découvrir cet envoi.





C’est une lecture qu’on pourrait croire légère, de par son titre, sa couverture apaisante qui invite à la contemplation, sa courtesse également, mais en réalité, cela va bien plus loin que cela.

Jeanne-A. DEBATS

Jeanne-A Debats, née le 29 août 1965 à Vic-Fezensac, est une autrice, romancière, nouvelliste et anthologiste française de science-fiction. Elle est également professeure de latin et de français. Elle a reçu de nombreux prix littéraires : Grand prix de l’Imaginaire, prix Julia Verlanger, Bob Morane, Sésame et Prix Européen Jeunesse des Pays de la Loire.

ø・Un grand voyage par-dela les abysses

Je ne m’attendais à rien avec cette lecture. En fait, avec le partenariat avec ActuSF, je n’attends rien d’autre que la découverte et l’étonnement. Lorsqu’il y a plusieurs propositions, je fais toujours en sorte de me positionner en fonction de ma ligne éditoriale – même si elle est très large – mais cette fois-ci, ce n’est pas mon premier choix qui m’a été accordé. Et je pense que les étoiles se sont alignées d’une telle façon, que ce n’est pas plus mal.


La Vieille Anglaise et le Continent, édité pour la première fois en 2008, est une nouvelle multi-primée, au titre énigmatique. Avec un tel titre, on ne dirait pas que nous sommes face à une nouvelle de science-fiction, parlant d’écologie et de transhumanisme.


A l’heure où il existe un terme comme « écoterrorisme » dans la bouche de nos politiques, il me semble essentiel que des récits comme la Vieille Anglaise et le Continent soit remis en avant. Bien que cela soit de la fiction, des idées essentielles nous sont transmises et ceci, ici, en quelques pages seulement.


Je peux vous dire que j’ai adoré le personnage principal, une femme âgée, acariâtre, mais solide sur ses appuis moraux et idéologiques – ou presque, car le monde est gris. Elle s’appelle Ann Kelvin et elle a passé sa vie à défendre la faune et la flore marine. C’est rare, si ce n’est inexistant d’avoir des personnages féminins âgés, qui ont déjà de l’expérience, leurs positions, et qui ne sont pas dans un processus d’apprentissage de la vie.


Cependant, étant donné que l’esprit de madame sera transféré dans un cétacé, un cachalot, il y aura tout de même tout au long du récit un processus d’apprentissage pour comprendre son nouveau corps, sa nouvelle vie, et remettre l’humain à sa place de grain de sable dans l’univers. Une goutte d’eau dans l’océan. Une chose est certaine : nous ne sommes pas des êtres supérieurs, en réalité nous ne savons rien de nos mondes.


Le récit nous permet d’explorer et questionner notre étique concernant le monde marin, qui, il faut le rappeler, est mal connu – si ce n‘est inconnu – et délaissé par nos récits anthropocentrés et notre monde capitaliste. Je pense qu’après une telle lecture, vous regarderez les étals chez votre poissonnier d’une autre façon. J’ai personnellement beaucoup apprécié le fait que les cachalots soient considérés comme des individus et non « une simple autre espèce ». Notre héroïne, devenant l’une des leur, s’inscrit dans une sorte de nouvelle civilisation tout aussi complexe que celle des humains.


La Vieille Anglaise et le Continent est un récit sensible, tendre, avec beaucoup d’humour – j’ai beaucoup plus de sympathie pour l’humour cachalot que celui de mes semblables – mais c’est aussi un récit engagé, militant, qui ne nous étouffe pas non plus de rhétorique et de moralisme.


Un dernier aspect à notifier dans ce récit, au-delà du bord écologique, il est également grandement question du rapport à nos corps, à la jeunesse, à la vieillesse et à la maladie. En faisant le parallèle avec l’exploitation humaine de la vie marine, il y a aussi une autre exposition avec l’exploitation humaine des humains afin d’acquérir une sorte de vie éternelle au détriment des plus faibles.


La Vieille Anglaise est une bourgeoise qui par son statut a pu se voir proposer une mission scientifique avant qu’elle ne rende son dernier souffle, suite à une maladie. Cette mission se verra particulièrement bénéfique à la mise en évidence des agissements abjectes d’autres entreprises. Mais tout le monde n’a pas l’opportunité de se voir proposé une telle ultime chance, même pour le bien commun – ou presque. Le récit questionne nos privilèges, la place de notre individuation dans un monde qui en demande toujours et encore plus.

Ultima Verba


Si vous ne savez pas encore quoi lire cet été, vous pouvez vous rendre chez votre libraire et choisir La Vieille Anglaise et le Continent, afin de partir à l’aventure au bord de votre piscine, ou sous un arbre dans un parc. Ça se lit vite, en à peine deux heures si vous regardez le paysage en même temps. C’est drôle, fin, sensible, un peu amer. Cela met en colère comme donne de l’espoir pour demain.


Si j’avais à choisir, je pense que j’aimerais bien être un cachalot, et vous ?

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